Corinne

Corinne

Corinne

Date de publication du témoignage :

RDV avec Corinne (Herblay – 95). Après deux cancers, elle a décidé de créer une association pour les malades et leurs aidants, un lieu d’écoute, de prévention et information.

Le tsunami en 2014. J’ai un cancer du sein. La vie bascule.
L’attente du diagnostic, la spirale des examens. Le flash-back de toute ta vie t’arrive en pleine face. Tu penses à la mort. C’est inévitable…

Je relève mes manches. Mon protocole de soin est là : chimiothérapie, l’intervention, puis la radiothérapie. Le parcours est difficile mais j’arrive au bout.

Puis de nouveau, à l’auto-palpation, je sens quelque chose. Je ne peux croire que… De nouveau, un deuxième cancer. La deuxième annonce est plus violente. C’est reparti. Récidive. Chimiothérapie. On m’annonce qu’il faut faire l’ablation de mon sein. Ma féminité. Mon sein qui a allaité. Et comment vais-je vivre sans sein ? Et mon mari ne va plus m’aimer…Toutes ces questions …
Je décide qu’il faut prendre les choses une à une. Repartie dans le parcours et le tourbillon des traitements : opération, chimiothérapie, mastectomie, quelques complications d’infection, hospitalisations à répétition, … Je sors enfin de ce long tunnel .

La surveillance se met en place. Difficile de ne plus être médicalisée. Sentiment d’isolement, d’abandon. Mais je ne vais pas me laisser abattre.

Durant ces années de combat, j’ai constaté des manquements à bien des niveaux dans le parcours cancer. Nous sommes des personnes vulnérables, et n’avons pas toujours les réponses à nos interrogations. Il faut se battre contre ce cancer, contre le système qui nous range dans des cases, mais aussi pour les démarches administratives, pour le retour à l’emploi. Il faut continuer d’être femme, épouse, mère. Pas simple. Énorme complexité. Avec le sentiment que tout peut basculer.
Il faut aussi accepter la nouvelle femme que l’on voit dans le miroir. Oui, après le cancer, il y a bien une nouvelle personne. La maladie change un être.

Petite subtilité que je n’ai pas évoquée : je suis infirmière. Je me suis battue comme une lionne pour revenir auprès de mes patients et de mes collègues. Mon entreprise en a décidé autrement. Après ces trois ans de combat, on me propose un poste de reclassement, un poste de nuit… que je refuse. En réponse, on me licencie.
Pour moi, ce licenciement est le résultat de mon absence et de ma maladie. J’accuse le coup. Je réfléchis à ce que je veux faire de cette nouvelle vie. Je postule au conseil Éthique et Cancer et ma candidature est retenue. Me voilà élue pour quatre ans pour participer aux travaux de réflexions éthique. Je suis fière et heureuse d’y mettre ma modeste participation qu’elle soit de par mon expérience de patiente, mais également en qualité de professionnelle de santé.

En parallèle je décide de créer une association pour les femmes atteintes de cancer et leurs aidants. Ils ont une place essentielle dans le parcours d’une personne malade. Mon projet est de créer un lieu d’écoute, un lien social. Briser les tabous de la maladie. Organiser des ateliers sociaux, créatifs et sportifs. Faire des conférences médicales ou non. Faire de la prévention, de l’information. Ce projet est en cours de réalisation .
Je démarche coiffeurs, esthéticiennes, médecins, spécialistes, assistantes sociales, etc…

Je veux transmettre des messages d’espoir même si je sais que le parcours est difficile.
La maladie a été pour moi une révélation. J’ai pu découvrir le comportement des personnes face au cancer. J’ai appris à connaître parfaitement mes limites, mes faiblesses mais surtout mes qualités de combattante et ma détermination .
Et croire à l’après…

Je vais bien aujourd’hui et j’ai hâte de pouvoir transmettre ces valeurs à travers mon association.

Valérie

Valérie

Valérie

Date de publication du témoignage :

RDV avec Valérie (France), le regard vrai et bienveillant d’une psychologue qui a accompagné des milliers de personnes malades du cancer.

J’ai 55 ans et j’ai été psychologue dans un service de cancérologie hospitalier pendant 20 ans. J’ai donc accompagné près de 17 000 personnes malades et leurs proches durant les traitements jusqu’à la rémission souvent, mais parfois aussi lors de récidives ou en
fin de vie. J’ai toujours eu une admiration totale pour ces êtres blessés par l’annonce d’un cancer affrontant chaque étape selon la maladie, leur histoire de vie, leur caractère aussi. À force d’écouter chacun, d’entendre l’indicible, j’ai choisi de passer à l’écriture il y a trois ans pour essayer de transmettre ce que j’ai pu apprendre auprès de tous pendant de si longues années.
C’est ainsi que j’ai écrit d’abord « Cancer : sans tabou ni trompette » afin de tordre le cou à certaines idées reçues, d’expliquer, informer à chaque étape : des premiers symptômes ou pas jusqu’à l’annonce du cancer, les traitements, en passant aussi par la gestion de la douleur, la vie sociale, la sexualité, l’information ou non des enfants, etc… 
C’est de toutes ces choses encore trop souvent taboues qui préoccupent bon nombre de personnes malades ainsi que leurs proches que j’ai voulu illustrer au travers de nombreux témoignages. À travers ce livre, je voulais également lutter contre cette « mode » qui nous culpabilise de tout, nous dit comment réagir, comment combattre, quelles armes
employer alors qu’on oublie parfois l’essentiel : chacun fait comme il peut et il n’y a pas une bonne façon de réagir face à un cancer.
Dans un autre ouvrage intitulé « l’Hôpital : sans tabou ni trompette », j’évoque de façon très concrète les dysfonctionnements du monde hospitalier et ses conséquences sur les soignants en souffrance également. Ainsi bien sûr que les conséquences sur les patients : parking devenu payant, le manque de lit, de draps, de compresses, d’infirmières, d’aides-soignantes, de médecins… 20 ans de pratique hospitalière, ça marque !
Enfin, la psychologue que je suis ne pouvait pas omettre de parler d’elle, donc de mon métier. Dans « Cancer : l’accompagnement », je raconte comment j’ai accompagné, malgré les doutes qui m’assaillaient, les personnes qui me le demandaient. Cet ouvrage rassemble trente portraits d’êtres merveilleux, leur quête de sens, leur besoin de trouver un endroit où tout aborder sans crainte de blesser l’autre, le proche ; pouvoir pleurer, hurler, crier, mais aussi parfois rire, plaisanter, retrouver l’espoir, combattre le mal,
découvrir en soi des capacités insoupçonnées, apprendre à s’écouter, se poser, s’aimer aussi parfois.
Sur ma page FB, de nombreux échanges se font, chacun est libre d’y parler de ce qu’il souhaite, de partager ses expériences, ses vécus, sans tabou parce que les mots sont indispensables pour sortir de l’état de sidération, du traumatisme de l’annonce, des traitements, parce que c’est la vie, tout « simplement ».

https://www.facebook.com/SuggValerie/