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Nadège

Date de publication du témoignage :

11 Juin. 2020

RDV avec Nadège (Haute Savoie). Après un cancer de l’estomac, elle a créé une association de groupes de paroles pour les malades et leur entourage.

J’ai été diagnostiquée à 33 ans, au début de mes congés d’été, là où on pense souffler enfin un peu. J’avais une douleur vers le bas de l’œsophage, de plus en plus forte depuis quelques temps. Verdict : tumeur du cardia, l’entrée de l’estomac. C’est le choc. Je ne fume pas, ne bois pas, suis sportive. Je n’ai pas d’antécédents. Je ne comprends pas.
Heureusement, je suis très entourée par ma famille et j’ai un petit garçon de 6 ans. Je me suis battue pour lui de toutes mes forces, et des forces il en a fallu…
J’ai eu de la chimiothérapie puis ablation de l’estomac. Le professeur qui m’a opérée m’a proposé de faire partie d’un protocole expérimental. J’ai accepté, ne connaissant pas l’issue, je me suis dit qu’au moins mon cas pourrait peut-être aider ceux qui suivront. Opération en octobre 2018, puis de nouveau cures de chimiothérapie. J’ai dû réapprendre à manger : cela a pris un an. J’ai perdu beaucoup de poids : je ne faisais plus que 38 kg pour 1m68. La plupart des gestes du quotidien étaient devenus très compliqués, voire impossibles. Puis il a fallu reprendre du poids, se remuscler entièrement, c’est un très long travail.

L’idée de vouloir aider ceux qui passeraient après moi m’a accompagnée pendant toute la maladie. Je me disais toujours que quand je serai sortie de là, je ferai quelque chose. J’ai donc créé une association baptisée « Les Maux en Scène ». Son but est de proposer des groupes de discussion pour les malades et leurs proches, afin qu’ils ne restent pas seuls.
Entrer dans le parcours de soin du cancer nécessite d’entrer en soi, presque à se renfermer pour aller puiser l’essentiel, trouver des ressources que l‘on ne soupçonnait pas et ressortir différent comme une deuxième naissance. Je pourrais comparer cela à la naissance d’un oiseau : on passe un long moment dans une coquille, on est là mais pas vraiment, on entend le bruit autour, on perçoit la lumière du jour à travers elle mais on est à l’intérieur, dans un état de grande fragilité. Le moindre choc et on n’est plus. Pourtant, on porte la vie, toute sa force et ses promesses. Puis vient le moment d’éclore : fin des traitements, on est comme ces oisillons déplumés qui peinent à ouvrir les yeux, trop faibles pour se redresser ou tenir sur ses jambes. Cela demande du temps. Il faut patienter, attendre que les plumes poussent, que les muscles se fassent, que l’on puisse marcher à nouveau. Prendre confiance, grandir encore. S’approprier ce nouveau corps.

Enfin déployer ses ailes, se préparer à voler.

Pour ma part je ne sais pas quel oiseau est sorti de cette coquille. Est-ce un rapace ? Une colombe ? Un ara ? Un moineau ?
Je sais juste qu’aujourd’hui je me prépare à m’élancer. Je pense au vent dans mes ailes, à tous ces paysages qui m’attendent et j’essaie d’apprendre à ne pas regarder le vide en dessous, car aucun oiseau n’a réussi à parcourir les cieux en se concentrant sur l’impact qui l’attend au sol s’il échoue.
Je ne suis plus la même ni physiquement ni mentalement : mes priorités ont changé, ma vision de la vie a changé. Je suis plus positive, je savoure tout, pour mon nouveau moi tout est désormais possible.

Actuellement j’ai en projet la réalisation d’une pièce de théâtre comique autour de la maladie, pour pouvoir en rire et permettre à ceux qui ont fait ce parcours de tourner en dérision des moments difficiles.

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