Magali

Date de publication du témoignage :

25 Avr. 2019

RDV avec Magali (Belgique). Après un cancer de la langue, elle a décidé de « ne plus lutter contre les flots de sa vie, mais d’avancer en utilisant la force du courant ».​
J’écris ce témoignage le 21 mars 2019, presque 8 ans jour pour jour après mon opération. Ce n’est pas voulu, mais j’aime les synchronicités et en voici une très jolie. Dans mon carnet intime à l’époque, j’avais écrit qu’une partie de moi allait mourir, pour mieux renaître avec l’arrivée du printemps.
Et toute cette histoire de cancer n’est que cela en fait, un élément du cycle de la vie. Une mort pour une renaissance. Février 2011, j’attends mon premier enfant (prévu pour le 30 avril) et je travaille dans un secteur que j’adore. C’est un métier qui fait sens, puisque je suis chargée de projets pour un mouvement de paix. J’ai un super mari, un super appartement, une vie « super » donc. Pourtant, je sens qu’il me manque quelque chose. Je m’interroge même sur le sens de la vie, tout est beau sur papier alors quoi ? Et depuis quelques mois, j’ai la gorge sèche, la sensation d’une langue gonflée… Je n’y prête pas attention, persuadée que c’est un des lots de la grossesse. Mais fin février 2011, le vieux stomatologue qui me reçoit, sans me regarder dans les yeux, m’expédie en cinq minutes dans un murmure désolé. Je ne suis pas certaine d’avoir bien entendu : cancer ?
30 ans, enceinte de 7 mois, avec un cancer rare qui s’est enflammé vitesse grand V, on ne tergiverse pas. On provoque l’accouchement et un rayon de soleil vient illuminer l’enfer. Oui, mais voilà, Théodora (cadeau de Dieu, et elle le porte bien) s’en va en néonatalogie, et moi sur une table d’opération. Je me rappelle juste la voix de ma copine anesthésiste, formée à l’hypnose, qui a réussi l’exploit de me faire plonger dans un sommeil sans rêves, avec une image de douceur et non d’enfer. Et c’est parti pour 19 heures de travail d’orfèvre : on me retire la langue, la mâchoire inférieure, on reconstruit avec un lambeau de bras et le péroné de ma jambe droite.
Je passerai outre toute la longue période de reconstruction, la bataille pour pouvoir avaler seule et éviter la stomie de justesse, le combat pour pouvoir reposer une prothèse dentaire deux ans plus tard (c’est long deux ans sans dents du bas, croyez-moi), qui coûte plusieurs milliers d’euros, mais n’est pas prise en charge par la sécurité sociale belge (et s’en est suivi un procès de plusieurs années, sur lequel je passerai outre aussi…).
Au bout de deux ans, en mars 2013, je suis officiellement en rémission, et bonheur, à nouveau enceinte ! C’est la fin de la période critique de récidive pour un cancer ORL, et la vie reprend. Mais c’est loin d’être la fin du cancer. Il y a bien sûr la courte euphorie, qui dure autant de temps que les bulles de champagne pour éclater à la surface de la coupe avec laquelle je trinque gaiement. Mais il y a le reste, ce dont on ne parle pas (encore) : la fatigue intense, les pertes de mémoire, la détresse de ne pouvoir sortir de mon mal-être, qui est heureusement exprimé grâce à une super psychologue.
À la mort d’une jeune maman souffrant d’un cancer des os, avec qui je correspondais depuis des mois, c’est l’électrochoc : je ne peux pas changer le passé, POURQUOI cela m’est arrivé, mais je décide de changer mon présent, mon futur, le COMMENT, ce que je fais de cette histoire. Alors je fais ce que je sais faire avec ma formation de journaliste : j’écris un blog. Je rassemble les articles qui parlent du brouillard de l’après-cancer. Je me forme pendant 18 mois au coaching et j’accompagne des dizaines de patients.
Je sais pourquoi je fais ce que je fais : parce que je crois dans la capacité de résilience de chacun d’entre nous ! Mon expérience devient un livre, outil de coaching : « Je rebondis après mon cancer ». Je constate que le retour au travail est une pierre angulaire de la problématique, car les personnes ne veulent pas survivre, elles veulent vivre !
Vivre, c’est aussi reprendre une place dans la société. C’est ainsi que naît mon association « Travail & Cancer ».
La seule chose permanente dans notre vie, c’est le changement. Aujourd’hui, j’essaie ne plus lutter contre les flots de ma vie, mais d’avancer en utilisant la force du courant. Mon second livre sort en septembre prochain, mais d’ici là, je lève le pied, j’attends des jumeaux 😊

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