Emmanuelle

Date de publication du témoignage :

29 Jan. 2019

RDV avec Emmanuelle (Cayenne). Atteinte d’un cancer rare et agressif, elle s’entoure d’un collectif pour réaliser son rêve de voyages. Le départ est prévu dans quelques semaines !

En 2017, au printemps, je vivais en Amazonie française depuis 2 ans. Mon quotidien de couple était devenu tellement pesant que j’avais décidé enfin de prendre ma vie en main et un appartement. Vivre mes rêves, Vivre différemment.
Une fois bien installée chez moi, mari et enfants partis en métropole pour les vacances, j’ai senti une boule dans mon sein gauche. Oh, pas grand-chose, une petite pièce de deux euros, pas plus. Je ne me suis pas inquiétée, je n’ai pas pensé le moindre instant au cancer. Je savais que je rentrais moi aussi en métropole dans 4 semaines, je m’occuperai de cette bizarrerie en temps voulu.
Et la pièce est devenue une clémentine. Et la clémentine s’est transformée en pomme. La pomme est devenue un melon, rouge, chaud et douloureux. Rentrée pour les vacances, j’ai pris rendez-vous chez un médecin : « Oh ce n’est sans doute rien mais, on va faire des examens complémentaires ».
– Première étape : « Madame savez-vous s’il est possible de vous soigner correctement en Amérique du Sud ? Parce que là, attendez-vous à passer une année très compliquée » me dit l’échographe. Je suis une fille forte, j’encaisse. Quelle drôle de manière de parler aux gens !
Retour chez le généraliste : les images sont mauvaises.
– Deuxième étape, une semaine plus tard : biopsie, 2e mammographie, 2e échographie.
Les images sont pires : en 8 jours, mon melon est devenu une magnifique pastèque ! J’attends les résultats de la biopsie. Mais j’ai déjà compris. Ok, j’ai un cancer. Et alors !? Je ne suis pas inquiète. Je sais que cela se soigne.
Alors je me renseigne : peut-on me soigner en Guyane ? Non. Première claque !
Mais comment vais-je faire ? Mes enfants en Guyane avec leur papa ? Moi en métropole pour combien de temps ? Et la nouvelle vie que j’avais programmée ? Mes projets ?
– Troisième étape : résultats de la biopsie : Oui, c’est un cancer du sein. Mais pas n’importe lequel. C’est un cancer inflammatoire, celui qui touche 1 à 5 % des femmes atteintes d’un cancer du sein, celui qui est rare, celui qui est dangereux, celui qui est agressif.
Le biopseur me supplie de prendre attache au plus vite avec l’IPC à Marseille. Le top du top selon lui pour essayer de me soigner.
– Quatrième étape : le chirurgien, l’oncologue, le bilan d’extension. Je demande à ce que tout, absolument tout, me soit dit et expliqué clairement. Grosse baisse de moral : métastases déjà présentes dans la chaîne ganglionnaire. Cervicales, médiastin, hile des poumons. Je comprends que je ne serai jamais guérie. Alors je me dis que ça ne vaut pas la peine de faire toutes ces chimios, toutes ces opérations, ces rayons, toutes ces douleurs, ces souffrances, ces angoisses…
L’oncologue a été honnête : j’ai une chance sur deux d’être encore en vie dans 5 ans. Pourquoi passer deux ans à subir des traitements qui ne serviront à rien alors ? Je suis en colère : au moment où j’avais enfin décidé de vivre ma vie comme je le voulais, prends ça dans ta face Emmanuelle ! Tu n’as pas le droit, tu ne le mérites pas, la vie ne veut pas.
Colère sourde qui me ronge… Emmanuelle devient Emma.New.Elle.
Emma.New.Elle commence les traitements car mari et enfants sont rentrés de Guyane pour vivre avec elle cette nouvelle épreuve. Emma.New.Elle rêve de faire le tour du monde. Alors elle crie au monde son besoin d’aide, elle crée une communauté autour d’elle, elle rassemble.
Je suis Emma.New.Elle, j’ai créé la page ClawsAdventure, sur laquelle je partage mes doutes, mes joies, mes envies, mes rages, mes bonheurs.
Je lance des défis à ceux qui me suivent, et leur participation me permet de mettre de l’argent de côté pour réaliser mon rêve avant qu’il ne soit trop tard.
Je veux voyager, je veux aller à la rencontre de femmes qui ont des rêves mais qui n’osent pas les réaliser, je veux vivre et pas survivre, je veux montrer à celles qui souffrent en silence que ce n’est pas une fatalité.
Je veux voir leurs ailes pousser, leur dire que ça fait mal, mais qu’il faut parfois passer par cette désolation pour devenir encore plus endurant.

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