Delphine

Date de publication du témoignage :

2 Fév. 2021

RDV avec Delphine (Toulouse). En rémission après un mélanome, elle nous raconte son parcours et sa réconciliation avec son corps.

En 2018, des petites boules apparaissent sur tout mon corps et mon cuir chevelu : ce sont des nodules sous cutanés. Ils se propagent aussi dans mes différents organes : mon foie, ma rate et mes poumons. Je suis épuisée. Je me rends d’hôpital en hôpital pour comprendre ce qui m’arrive. On me diagnostique un mélanome de stade IV. Mon corps est en guerre contre moi, car je suis en guerre contre lui.

J’ai toujours eu une relation tumultueuse avec mon corps. Il est cabossé à cause d’une maladie génétique qui me rend fragile : mon petit ventre pointe en avant, mes pieds tournent à l’intérieur lorsque je marche, j’ai des douleurs et des raideurs musculaires, je me fatigue vite.

Pourtant, mon handicap m’a rendue forte ! Il me permet d’affronter mon crabe sereinement. Dès le début, je n’ai songé qu’à le vaincre. Je n’ai jamais pensé à une issue fatale, même dans les moments les plus difficiles. Si cela avait été le cas, je serais probablement très mal en point. Peut-être plus là.

On m’administre des médicaments de chimio. J’ai peur que ma féminité soit entachée. La première question qui me vient à l’esprit et légitime quand on est une femme : « Vais-je perdre mes cheveux ? » Le médecin qui me suit me répond par la négative, avec empathie. Il me rassure. Pendant cinq mois et demi, j’avale mes comprimés deux fois par jour, je vais au centre d’imagerie pour contrôler l’évolution de mon mélanome. Je suis contente, mon traitement fonctionne bien.

Mais un matin de mars 2019, j’aperçois dans le miroir une nouvelle petite boule sur mon épaule gauche. Je suis angoissée. J’ai la sensation que mon mélanome a récidivé. Je me pose des milliards de questions. Je dois passer un scanner.

Les résultats tombent. J’ai une réponse dissociée : certains nodules régressent ; d’autres apparaissent. Je suis effondrée. Mes émotions me submergent et me fatiguent. Je n’ai qu’une seule envie : dormir pour oublier ce que j’ai appris. Je rentre chez moi. J’avale un anxiolytique qui apaise mes maux instantanément. Puis, je m’endors.

Quelques jours plus tard, j’ai rendez-vous avec mon oncologue. Elle palpe mes petites boules. Mon intuition était bonne : mon mélanome a récidivé. Cependant, il ne m’aura pas. Je suis bien plus pugnace que lui. Je le vaincrai ! Pour l’éradiquer, je dois prendre un traitement bien plus fort : l’immunothérapie. Toutes les trois semaines, je me rends à l’hôpital pour en bénéficier. On m’injecte un produit par voie intraveineuse. Dieu sait que j’ai horreur des piqûres ! Toutefois mon crabe ne me laisse pas le choix.

Je tolère bien mon traitement, même s’il me fatigue. L’important pour moi ? Continuer à avoir une vie normale, bien qu’elle soit rythmée par mes rendez-vous à l’hôpital… Je reste positive, crois au pouvoir de la pensée, celle qui peut nous élever, et à la vie. Il y a toujours de la lumière dans la nuit la plus sombre. Je m’accroche très fort à l’écriture de mon livre, ma bouée de sauvetage. J’ai toujours rêvé de partager mon expérience pour aider les autres à traverser les épreuves de la vie. J’aime apaiser les maux avec mes mots. Même s’il m’en a fait voir de toutes les couleurs, mon crabe m’a permis de me réconcilier avec mon être dans sa totalité. Je suis devenue douce avec moi-même. Aujourd’hui, je suis en rémission et je renais après plus de deux ans de combat contre la maladie.

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