Caroline

Date de publication du témoignage :

15 Jan. 2019

RDV avec Caroline (Lyon) : Le traitement pour le cancer de la thyroïde est moins visible sur le patient mais la peur et l’arrachement d’une mère à ses enfants est une souffrance aigüe, quel que soit le cancer.

En 2010, lors d’une visite de routine, mon médecin décèle une grosseur à la gorge. Il me prescrit une échographie qui permet d’identifier des nodules dans ma thyroïde. Une biopsie devrait permettre de trancher sur le caractère bénin ou malin, mais le résultat n’est « pas interprétable », et étant donnés mes antécédents familiaux, il faut envisager une ablation totale de la thyroïde. Décision difficile car sans thyroïde, cela signifie traitement hormonal à vie, peut-être pour des nodules bénins… Je décide néanmoins de me faire opérer, et je fais bien car l’analyse du nodule montre qu’il était cancéreux.
Gros coup de massue… La suite du traitement consiste à subir une « cure d’iode ». Concrètement, intégrer pour quelques jours le service de médecine nucléaire de l’hôpital, avaler une pilule d’iode radioactif et attendre qu’elle se fixe sur les cellules thyroïdiennes. Tout se passe bien, pas d’effets secondaires. Mon cancer est terminé avant même d’avoir commencé, mais il va me falloir plusieurs années avant de trouver le bon dosage de Lévothyrox, et une surveillance médicale à vie, deux fois par an.
J’avais 32 ans. Mes 3 enfants étaient petits, le dernier encore au sein, et ça a été très dur pour nous d’être séparés pendant mon hospitalisation et ma cure d’iode. Ne pas pouvoir voir ses enfants parce qu’on est radioactif, c’est vraiment dur, même si ça ne dure qu’une semaine. Devoir arrêter d’allaiter parce que les produits anesthésiants sont dangereux pour son bébé, c’est brutal. Tout s’est passé très vite, mon mari a dû gérer tout ça comme il a pu. J’en ai des souvenirs assez confus, à la fois de quelque chose de très violent, et à la fois d’assez abstrait puisque, finalement, je n’ai pas vécu de symptômes de ce cancer.
Je venais de commencer la peinture, qui a été une vraie thérapie pour moi. Elle m’a aussi permis de réaliser à quel point j’étais bien entourée, et que j’avais autour de moi des gens qui m’aimaient et qui prenaient soin de moi quand je n’allais pas bien, que ma valeur n’était pas associée à ce que je faisais, mais surtout à qui j’étais.
Huit ans plus tard, je vais bien et ma famille aussi. J’ai repris le karaté et mes nombreuses activités : théâtre, danse, associations, peinture, voyages… Je profite de la vie comme je l’ai toujours fait, mais avec toujours présente à l’esprit l’idée que l’aventure peut s’arrêter à tout instant et qu’il faut profiter des belles rencontres et des beaux paysages.
J’accorde depuis beaucoup moins d’énergie aux choses et aux gens qui m’énervent, je suis plus indulgente… J’ai aussi plus confiance en moi, je sais maintenant la force que j’ai pour surmonter des épreuves et je n’ai pas peur de prendre des risques parce que je connais mes ressources.