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Date de publication du témoignage :

16 Mai. 2019

RDV avec Philippe (Saint-Maur-des-Fossés). Touché par deux leucémies, il écrit et prône le pouvoir du mental.​

Durant mon combat contre ma deuxième leucémie, j’ai tenu un blog. J’y ai raconté, souvent avec humour, mon quotidien pourtant très dur. Ce fut une grande aide pour moi en tant que patient, parce que je conservais ainsi un pied dans la vraie vie, un échange quotidien avec ma famille, mes amis, mes followers… Le silence est souffrance, l’aveu des émotions apaise.
Je dis que ça m’a aidé à garder un pied dans la vie, parce que quand on est confronté au cancer et hospitalisé sur une longue durée, on a tendance à ne plus penser qu’à la maladie et être tenté de s’isoler, jusqu’à parfois se morfondre. Il convient au contraire d’être acteur. Pas acteur de sa maladie, mais acteur de sa vie face à cette épreuve.
Très arbitrairement et de manière non scientifique, je pense que 70 % de la victoire contre le cancer sont attribuables à la médecine (un immense merci revient aux médecins, soignants, pharmaciens et chercheurs). Ensuite, il y a 10 % de la guérison qui relèvent de l’entourage. Un patient bien entouré trouve des raisons de survivre. Le cancer est un saut dans le vide ; les proches peuvent constituer l’élastique salvateur. Il y a aussi, il faut bien l’admettre, 10 % qui relèvent du destin. Certains cancers à bons pronostics, malheureusement, finissent mal et à l’inverse, d’autres, avec des pronostics peu favorables, arrivent à vaincre la maladie. Enfin, et c’est là que je veux en venir, il reste 10 % de la guérison qui appartiennent au patient. Avoir envie de vivre, de combattre, envie de gagner contre le cancer, avoir envie que la vie continue, c’est essentiel face à l’adversité.
Lors de ma première leucémie, une infirmière expérimentée m’a dit : « Vous avez tellement envie de vous battre que vous avez déjà fait 50 % du chemin. »
Mes chiffres ne sont pas les siens. Aucun d’eux n’est scientifique, mais ils comptent !
Lors de ma deuxième leucémie, la psychologue qui m’a accompagné m’a dit, alors que je lui exprimais ma peur face à la seconde greffe de moelle osseuse qui m’attendait : « Si vous programmez les cellules de votre cerveau pour la gagne, celles de votre corps suivront. » Il s’agissait là d’une autre formulation mais qui voulait dire la même chose que l’infirmière quelques années plus tôt. Une part de la guérison est de la responsabilité du patient.
Je ne veux pas clamer qu’on guérit du cancer par le mental, mais j’affirme que ce dernier a un rôle essentiel à jouer. 10 % peut-être. Peut-être même plus.
Tout comme il est prouvé qu’un choc psychologique non supporté peut fragiliser notre système immunitaire et constituer un catalyseur dans le déclenchement de pathologies, il faut admettre à l’inverse que des attitudes combatives sont corrélées à de meilleures chances de guérison.
Chaque cas est unique. Chaque individu est unique. Chaque cancer est unique. Certains patients sont dans le combat assez naturellement dès l’annonce de la maladie. Peut-être est-ce un réflexe de survie. D’autres ont du mal à redresser la tête face à cette injustice brutale qu’est l’annonce d’un cancer. Pour eux, être battant et garder une attitude optimiste face à la difficile épreuve qui se présente ne se décrète pas. On ne se réveille pas un beau matin avec la rage de vivre si on ne l’avait pas la veille. Je le redis : chaque cas est différent. Chacun mérite une approche personnalisée. Mais je crois qu’il faut alors se référer à un proverbe bouddhiste qui dit : « Il n’y a pas de grande tâche difficile qui ne puisse se découper en une somme de petites tâches faciles. » Pour un cancéreux, ce proverbe, l’essayer c’est l’adopter !
Les petites tâches peuvent prendre différentes formes. Un accompagnement psychologique est profitable. Des exercices de maîtrise du stress, comme ce qu’on appelle la « cohérence cardiaque », sont bénéfiques. La sophrologie, le yoga, la méditation peuvent aussi constituer des appuis.
Qu’importe ce qui nous convient le mieux, il faut agir et ne pas avoir de réticences à être aidé.
Et puis c’est l’opportunité d’apprendre à écouter son corps, à le sentir mieux, à le comprendre un peu plus et l’aider, dans l’instant présent, par exemple avec une considération positive et encourageante à son égard.

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