Mary-Tahra

Date de publication du témoignage :

7 Nov. 2018

RDV avec Marie-Pierre (Paris), une femme active avant, pendant et après le cancer.

Moi aussi, j’ai eu mon 11 septembre 2001 : c’est le jour où j’ai appris, après une mammographie de routine, que j’avais une tumeur cancéreuse au sein de 35 mm… L’angoisse, l’attente, la prise en charge remarquable à l’Institut Curie, la rage de se battre et de vaincre, le soutien sans faille de mon mari, de ma famille, le sentiment de causer une terrible angoisse à mes enfants. Mais surtout, dès le départ, la certitude que j’allais m’en sortir.
Je voulais qu’on m’enlève cette tumeur le plus vite possible, comme un corps étranger à éliminer avant qu’il ne colonise le reste de mon moi agressé. Mais il a fallu d’abord tenter de la réduire avec des séances de chimio. Sans résultat… Dépistée en janvier, je ne suis passée sur le billard qu’au mois de juin, et ensuite rebelote pendant l’été avec encore 8 séances de chimio… et, à l’automne, une bonne vingtaine de séances de rayons.
Le plus curieux, psychologiquement, c’est ma révolte face à la perte totale de la chevelure alors que la dissymétrie après la mammectomie m’a moins atteinte. Pourtant, je savais très bien que cette calvitie n’était que temporaire, mais je l’ai vécue comme une humiliation. Je me disais que les tyrans qui tondent leurs victimes savent très bien ce qu’ils font : chosifier, annuler l’humanité de la personne… Le plus dur a été l’annonce de la maladie auprès de ceux que j’aime le plus au monde : mon mari et mes trois filles. Je ne mesure pas très bien le traumatisme que cela produit mais cela doit être encore plus lourd que lorsqu’on est soi-même en cause…
J’étais cadre RH. J’ai tout de suite annoncé ma maladie au bureau mais j’ai fait en sorte de m’absenter le moins longtemps possible. Deux ou trois jours de galère après les séances de chimio, et le moins possible lors des interventions chirurgicales. Pour les séances de rayons, je partais très tôt à l’hôpital puis je prenais un taxi pour aller travailler, un peu groggy tout de même. Mon patron et mes collègues ont été très affectueux, très positifs, j’ai bénéficié de la bonne entente de mes collaborateurs qui ont assuré mon job dans de bonnes conditions durant mes absences. Ni mise à l’écart, ni apitoiement surjoué. Je me souviens les avoir tout de même parfois choqués en parlant ouvertement de ma maladie, et en revenant travailler avec quasiment « la boule à zéro », dès que mes cheveux ont recommencé à pousser… C’était le début de l’automne — j’avais été dépistée en janvier — et il faisait chaud à Paris, je ne supportais plus la perruque. Après, j’ai bénéficié d’une reconstruction avec en prime le rabotage d’un grand lambeau de graisse abdominale…
Voilà, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui, je vis une retraite active. Je suis sortie plus forte de cette expérience, mais chaque année en janvier, quand je retourne à la mammographie, j’angoisse encore.