Emmanuelle

Date de publication du témoignage :

26 Mar. 2019

RDV avec Emmanuelle (Montpezat de Quercy), qui a concilié maladie et travail et aimerait bien que les mentalités évoluent à ce sujet…

Je m’appelle « Rebelle Emmanuelle » sur les réseaux sociaux (parce que je me suis rebellée face au cancer et que j’ose croire que je suis de nouveau belle malgré les séquelles des traitements qui attaquent notre féminité).
J’ai 48 ans, mariée, 3 enfants. Je suis aujourd’hui responsable d’un Office de Tourisme. Je vais bien, je ne sais pas si je suis en rémission ou guérie, mais cela n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est de profiter pleinement de chaque jour et d’apprendre à s’aimer pleinement pour aimer la vie.
Il y a 3 ans, alors que je venais de trouver un poste après quelques mois de recherche et de doutes, j’apprends que j’ai un cancer du sein. Cela fait 15 jours que j’ai repris une activité professionnelle.
On me parle d’opération et de radiothérapie. Et mon gynécologue insiste pour m’arrêter jusqu’à l’opération. Pour quoi faire ? Je vais bien, tout va bien, je n’ai aucun symptôme d’une maladie quelconque si ce n’est ce petit grain de riz que j’ai découvert dans mon sein au hasard d’une douche. Je n’ai aucune envie de rester seule à la maison et préfère m’occuper.
Je dois annoncer la nouvelle à mes enfants : pas simple car nous avons perdu un ami 6 mois auparavant d’un cancer. J’en informe la collectivité dont je dépends immédiatement, et organise avec les bénévoles de l’Office de Tourisme les quelques jours d’absences. Je suis seule sur mon poste, je n’ai pas de collègue et dois gérer à la fois le front office et le back office.
Je pars sereine, alors que j’ai une trouille monstre du milieu médical, me faire retirer ce squatteur que je n’ai pas invité.
Quelques jours après, lors de la visite de contrôle, le verdict tombe : cancer très agressif. La case chimio vient de s’allumer. On me parle de 18 mois de traitements lourds, invalidants… vous avez des questions ? Et moi de répondre « Je pourrai continuer de travailler entre les chimio ? » Vous n’y pensez même pas !
Oh que si… et j’ai continué…
Je n’ai laissé aucune place à cet intrus dans ma vie et j’ai continué de travailler. Un véritable combat dans une société où travail et maladie ne sont a priori pas compatibles. Je ne m’accordais que quelques jours de repos à chaque chimio. C’était dur, très dur, car en pleine saison touristique, mais c’était tellement bon de se sentir bien vivante et maître de son destin.
J’ai commencé les chimios. J’ai perdu mes cheveux, porté une perruque pour éviter les regards de compassion de la part des touristes, perdu cils et sourcils, appris à me maquiller pour faire illusion, eu des douleurs musculaires, articulaires (quel athlète n’en a pas). Les ongles ont été touchés, je me suis fait de jolies poupées. J’avais des trous de mémoire, merci monsieur post it. A chaque problème une solution !
Le plus important : j’ai gardé le sourire et un amour inconditionnel de la vie.
Pourtant, il y avait des matins où j’aurais voulu disparaître sous la couette, ne plus me battre, me laisser porter. Mais dès que je me levais, je me disais : « si tu arrives à mettre un pied devant l’autre tu as fait le plus dur, le reste tu y arriveras ».
Et puis c’est la radiothérapie, tous les matins avant le travail, et les injections d’herceptin, le mercredi pour ne plus avoir à poser des jours de congés.
Et puis un jour plus rien ou presque.
Et tout s’enchaîne : mon Office de Tourisme devient intercommunal. Je ne suis pas fonctionnaire, malgré cela je suis reprise par la Communauté des Communes et très vite je gravis les échelons et je suis nommée responsable.
Les doutes s’envolent, l’espoir renaît, peu à peu. Je me réconcilie avec le genre humain, avec moi-même.
Aujourd’hui j’apprends à vivre avec ce nouveau moi à la fois si fragile mais tellement plus fort. J’aimerais donner un sens à cette aventure.
J’aimerais pouvoir dire que travailler et suivre des traitements lourds est possible. Notre société n’est pas prête et rien n’est fait pour simplifier la vie de ceux qui souhaitent concilier maladie et travail. Je souhaite vraiment que les mentalités changent et que tous ensemble, nous puissions écrire une nouvelle page de notre histoire.
Chaque jour est un pas de plus vers de beaux lendemains.